lundi 24 mars 2014

Chapitre New-Yorkais - Episode 3

Harlem - le 17 Janvier 1925 tard dans la soirée, Victoria's Jazz Club, 132e rue.

Les investigateurs décident d'aller fouiner dans l'un des trois endroits que Leroy Wallace leur a indiqué, leur choix se porte sur le Victoria's Jazz Club, le seul endroit qu'ils ne connaissent pas, ils montent confiants dans leurs voitures en espérant y trouver des indices ou des suspects à se mettre sous la dent.

Quelques instants plus tard il entrent dans ce restaurant un peu chic d'Harlem où se produisent des groupes de jazz en soirée, pour ne pas trop attirer l'attention ils entrent chacun de leur côté et font un tour des lieux l'air de rien afin de repérer les parages. O'Connor et Washburne vont au bar tandis que Homer se mêle à la foule mixte qui entoure la scène, il repère très vite une porte surveillée par un colosse noir en costume criard, plus intéressé par les beaux yeux d'une michetonne que par son boulot. Homer est alors rejoint par O'Connor et celui-ci lui demande de faire diversion avec le gorille pendant qu'il va tenter de passer la porte discrètement.

Accoudé au bar Washburne surveille la salle avec son regard aiguisé d'ex-policier, le club est bien rempli et les sonorités du Black Bottom bat son plein sur la piste à cette heure de la soirée, parmi la foule il remarque un couple de noirs souriants, la quarantaine, qui vont de tables en tables en flattant les convives où en leur offrant une bouteille de champagne ou de vin – totalement illégal se dit-il un instant – ce sont sans doute le ou les propriétaires de l'établissement faisant des politesses à leurs clients, il enregistre leurs visages avant de commander un nouveau verre tout en se demandant ce que trame Homer. C'est alors qu'il remarque une étrange silhouette d'un homme noir, engoncée dans un caban élimé, un colosse aux épaules larges, le visage caché par une casquette de docker, se frayant un passage tel un fantôme parmi la clientèle, leurs regards se croisent quelques secondes et Washburne est frappé par ses yeux, profonds, sombres, inquiétants. La présence de cet homme au milieu des fêtards est incongru aux yeux de Washburne et réveille de vieux instincts, les gens semblent s'écarter inconsciemment sur le passage de l'homme comme s'il était invisible, tandis qu'il s'approche tranquillement de la sortie, Washburne entrevoit brièvement les videurs noirs s'incliner comme par respect envers ce mystérieux docker. Piqué par la curiosité et son instinct Washburne saisit son chapeau sur le comptoir bien décidé à savoir où va ce sombre personnage. Dans l'excitation de sa décision il en oubli de prévenir ses compagnons.

À l'autre bout du club, O'Connor simule – sans trop de mal il va s'en dire – l'ivresse et occupe l'attention du gorille de la porte tandis que Homer en profite pour se glisser derrière la porte interdite au public ni vu ni connu. Passé la porte et s'éloignant du tumulte du club, il traverse un petit couloir feutré faiblement éclairé et aboutit sur une porte close, il y entend de la musique et des bruits étouffés, comme si quelqu'un se déplaçait dans la pièce, sans trop réfléchir il frappe soudainement à la porte pour attirer l'attention de celui qui est dans la pièce. Une voix nerveuse résonne alors - «j'espère que tu m'apporte mon champagne espèce de macaque», cette voix grossière dit quelque chose à Homer mais avant de pouvoir mettre un visage sur cette voix la porte s'ouvre à la volée, Homer esquisse un petit sourire quand il découvre de qui il s'agit. Le poing de Homer fuse sur le visage de Swift – l'homme qui l'avait agressé à la sortie du Cotton Club la veille – et celui-ci va rouler au sol le nez en sang, alors que Homer se dirige vers lui, l'homme aux cheveux filasses se relève pour faire face à cet agresseur inopportun, une brève empoignade s'ensuit où Homer finit par avoir le dessus sans difficulté et met k.o Swift qui s'écroule de tout son long assommé.

De son côté O'Connor surveille toujours les allers et venues près de la porte, après que le molosse l'ai remis gentiment à sa place tout en le menaçant de le foutre dehors si il continuait à l'importuner. C'est alors que le détective, dissimulé derrière une colonne de style rococo, remarque un garçon de table se diriger vers la porte avec une bouteille de champagne dans les mains, ni une ni deux O'Connor se dirige vers lui d'un pas précipité et bouscule le jeune garçon qui lâche la bouteille de ses mains et qui vient s'écraser sur le sol à leurs pieds, le bruit et les cris attirent une nouvelle fois l'attention agacé du molosse qui remarque alors O'Connor comme la source du problème encore une fois, le détective peut lire dans le regard du gorille une légère pointe d'énervement et ne tente rien quand celui-ci et quelques collègues à lui le jettent sans ménagement vers la sortie.

Homer, après s'être assuré que son agresseur soit bien hors de combat fouille la pièce - un bureau en l’occurrence - mais ne trouve rien de notable, il décide néanmoins de ne pas en rester là, il réveille sans ménagements Swift afin de l'interroger, une fois réveillé celui-ci semble hermétique à toutes discussions malgré les menaces verbales de Homer, de plus leur petite discussion risque d'attirer tôt ou tard ses complices ce qui pourrait être plutôt gênant pour l'investigateur. Alors Homer renvoi dans les vapes le voyou avec un merveilleux crochet, l'attache avec ses lacets et sa cravate et utilise l'unique fenêtre du bureau pour sortir en toute discrétion, la pièce étant au rez-de-chaussé il balance sans ménagement son fardeau dans la ruelle pour aller le cuisiner ailleurs plus tranquillement.

Depuis qu'il s'est fait vider, O'Connor est aux aguets, n'ayant pas de nouvelles de Washburne, il fait le tour du pâté de maison pour chercher à rentrer de nouveau dans le club par un autre moyen, c'est alors qu'il aperçoit Homer s'extirpant d'une fenêtre de derrière avec le corps inanimé d'un homme. Celui-ci l’apercevant, lui fait signe de le rejoindre rapidement et lui demande de l'aider à transporter le corps, quand O'Connor demande de qui il s'agit Homer dit laconiquement qu'il s'agit d'un suspect à interroger, ils le traînent jusqu'à la voiture du détective où ils le placent sur le siège arrière avant de monter à leur tour dans le véhicule. Au moment de démarrer Homer demande à O'Connor où se trouve Washburne, le détective suppose qu'il est encore à l'intérieur car il n'a pas pu le prévenir de sa sortie en grandes pompes, voyant sa voiture encore stationnée non loin du club Homer se décide à retourner à l'intérieur du club pour aller le chercher et le ramener, il demande à O'Connor de surveiller le suspect jusqu'à son retour.

À l'intérieur du club dans la foule qui s'est densifiée depuis le début de la soirée, Homer se lance à la recherche de Washburne, il fait le tour de la grande salle sans parvenir à trouver son ami, par contre il remarque que son intervention dans les quartiers privés du club ont attiré l'attention ce qui suscite une certaine nervosité parmi le personnel, il va devoir se dépêcher et ne pas trop s'attarder ici, il file au bar et demande au barman s'il n'a pas vu son ami après lui en avoir fait une description assez précise, ce dernier lui dit que son ami est partie vers la sortie sans terminer son bourbon, sans demander son reste et ni même laisser de pourboire. Homer retourne perplexe à la voiture, il explique au détective que Washburne est parti du club sans rien dire, Homer pense qu'il avait ses raisons et fait confiance à son instinct, il espère retrouver Washburne plus tard à leur hôtel.

Dans la nuit noire...
Washburne a suivit l'homme mystérieux dans les rues sombres de Harlem sans être remarqué jusqu'à la Grosse Mabel, un endroit qu'il se rappelle que O'Connor a déjà approché en suivant lui aussi un suspect, il va devoir être méfiant et ne pas attirer l'attention sur lui. Le massif docker entre dans le restaurant sous la surveillance de Washburne depuis les ombres, de l'autre côté du trottoir. Quelques instants plus tard, dans le calme relatif de la froide nuit, un petit groupe arrive devant la petite échoppe – ce sont trois hommes noirs – l'un d'entre eux - un géant effrayant - entre dans le restaurant et en ressort aussitôt accompagné du mystérieux docker. Le docker au regard inquiétant s'entretient avec les trois hommes, Washburne remarque que celui-ci semble parler plus particulièrement à l'un d'entre eux – un jeune noir impressionné – puis lui sourit avant de lui poser la main sur l'épaule, Washburne peut jurer avoir vu l'adolescent frémir de tous ses os à cet instant précis. Puis le petit groupe repart silencieusement avec l'énigmatique docker à sa tête, Washburne reprend donc sa filature tout en faisant bien attention de ne pas être repéré, après avoir de nombreuses fois bifurqués dans les rues tout en s'enfonçant dans les clapiers glauques de Harlem, après avoir traversé un terrain vague décharné recouvert de détritus peuplés par de gros rats, le petit groupe se retrouve devant la boutique Ju-ju, un endroit que reconnaît aussitôt Washburne. Depuis une nouvelle cachette, Washburne observe la scène qui se déroule devant lui, la petite porte de la boutique s'ouvre après que le docker ai frappé trois fois sur l'huis, il aperçoit brièvement un vieux noir aux cheveux blancs et au regard torve qui laisse entrer le petit groupe dans l'obscurité de la boutique avant de refermer derrière eux.

L'investigateur attend un bon moment dans le froid avant de décider de s'éclipser, la nuit est très avancée, il se trouve dans un quartier où il sait qu'il n'est pas le bienvenu et se refuse à rentrer seul dans la boutique, il décide donc revenir une autre fois accompagné de ses camarades pour éclaircir ce mystère, il rejoins rapidement Lenox Avenue en faisant bien attention de ne pas être suivit, récupère sa voiture et retourne à son hôtel pour retrouver les autres.

... Et obscure.
Homer et O'Connor se rendent à vive allure dans les docks qui font face à l'Hudson River, ils cherchent un endroit tranquille pour interroger leur prisonnier toujours inconscient sur la banquette arrière. Une fois l'endroit discret trouvé, ils le sortent de la voiture et le jette sans ménagement sur les pavés gelés d'un quai à l'abri des regards, là dans la lueur des phares de la Ford de O'Connor, il lui balance un seau d'eau de mer glacé pour lui faire reprendre ses esprits. Mais là encore Swift ne coopère pas, se moquant et insultants ses tourmenteurs, puis les menaçant d'une mort atroce en comparaison de leurs vaines intimidations. En fouillant ses poches, Homer découvre de l'héroïne, il se rappelle alors les propos du lieutenant Poole au sujet de Swift - «un junkie notoire» - ce qui lui donne une idée. Après avoir mis la main sur un téléphone, Homer contacte Leroy Wallace et lui demande un service qu'il ne pourra pas lui refuser, il lui demande de garder au chaud ce prisonnier pendant quelques temps, il lui explique que ce dernier est un sbire, doublé d'un junkie à l'héroïne, qui travaille pour ceux qui mettent à mal leurs affaires respectives, Homer fait remarquer aussi au gangster la nécessité de faire parler ce salopard s'il veut débusquer ses chefs et n'en sera que bénéfique pour lui et ses affaires, Homer insiste aussi pour que Wallace le prévienne lorsque ce salopard sera en manque d'héroïne et sera à point pour parler, Homer accepte aussi que le gangster le travaille un peu avant son retour. Tous deux tombent d'accord et Wallace fait mettre Swift dans une de ses planques sous bonne garde lorsque les deux investigateurs le lui ramène.

Fausse joie
Les investigateurs se retrouvent éreintés à leur hôtel de Manhattan, tous trois évoquent quelques instants les événements de la nuit avant d'aller se coucher pour un repos bien mérité. Mais le calme n'est que de courte durée, leurs chambres ont étés visitées et la suite de Washburne a été saccagée, du sang macule son lit où trône le cadavre mutilé d'un chien, au dessus du lit ils peuvent lire consterné ce qui est écrit en lettres de sang: "Ceci n'est rien en comparaison de ce qui vous attends !!"

Ils alertent aussitôt les responsables de l'hôtel du saccage, le directeur reste bouche bée devant le spectacle qui s'offre à lui, mais les investigateurs usent de persuasion pour qu'il ne prévienne pas la police et offrent de généreux pourboires aux garçons d'étages présents à cette heure avancée de la nuit. Pendant qu'on leur fait préparer d'autres chambres, Washburne et Homer prennent la décision de quitter les lieux rapidement craignant encore pour leur sécurité et de trouver un autre hôtel moins en vue, O'Connor leur suggère celui où il est descendu dans Downtown.  La nuit est bien avancée lorsqu'ils  ils arrivent à l'Arlington Hotel sur la 25ème rue, Homer et Washburne prennent chacun une chambre et tout comme O'Connor s'octroient quelques heures de repos. 

Arlington Hotel - Downtown Manhattan, 18 janvier 1925 tôt le matin.
Comme à son habitude, c'est Homer qui se lève le premier après seulement ses quatre habituelles heures de sommeil plutôt agités, laissant ses compagnons dormir, il sort de l'hôtel prendre l'air dans le matin naissant où il trouve un diner ouvert à quelques pâtés de celui-ci. Les premières lueurs de l'aube blafardes pointent entre les vieux bâtiments gris de Downtown lorsque Homer pénètre dans l'établissement à l'aspect défraîchit, quelques travailleurs matinaux sont déjà là, la tête enfouit dans un journal ou un café brûlant, seule une serveuse d'âge moyen l'accueille avec un sourire fatigué et lui sert un café pendant qu'il s’assoit à la table miteuse qui fait face à la rue.

Homer reste assis là devant son café fumant, plongé dans ses pensées, il est vraiment fatigué, il contemple son visage aux traits tirés dans la vitrine et semble avoir vieilli de dix ans. La réalité semble suspendue un instant comme si l'espace-temps se limitait à cette portion de vitre face à lui. Quand il aperçoit enfin cette incongrue camionnette dans son champ de vision il est déjà presque trop tard, une demi-douzaine d'hommes cagoulés en surgissent et braquent à quelques mètres dans sa direction des fusils à canon scié dont les gueules noires et béantes semblent le narguer et lui promette l'enfer, sortant en un instant de sa léthargie et puisant dans d'ultimes forces, Homer plonge derrière la banquette alors que la vitrine vole en éclats et que la chevrotine meurtrière hache tout sur son passage dans le restaurant. Plaqué au sol et recouvert de verre brisé, Homer sert les dents sous le déluge de plombs, du coin de l’œil il aperçoit avec horreur que la serveuse et un client n'ont pas eus la même chance que lui et gisent dans une mare de sang. Après un temps qu'il lui parait incroyablement long, et que le silence est retombée, il relève avec prudence la tête et a juste le temps de voir la camionnette prendre la fuite dans un crissement de pneus, il se sent fébrile et ankylosé, des bouts de verre et des fragments de bois glissent sur lui, il semblerait qu'il soit légèrement blessé, mais rien de bien méchant comparé au chaos qui l'entoure, il entend des râles et des cris, des corps meurtris au sol et du sang mêlé à du verre brisé. Son esprit est chamboulé, entre rage et tristesse, il reste là sans bouger alors que les premiers sirènes de police se font entendre dans le lointain.


Après cet épisode malheureux, Homer reprend ses esprits assis sur le marche-pied d'une voiture de police, il aperçoit O'Connor et Washburne qui discutent avec des policiers, puis reviennent vers lui pour l'emmener à leur hôtel en lui expliquant sommairement que tout est arrangé avec le lieutenant Poole mais que malgré tout ils devront rester à sa disposition.


Washburne, qui remarque que son vieil ami est visiblement retourné par ce qu'il lui est encore arrivé, lui somme d'aller s'allonger quelques heures dans sa chambre tandis qu'il demande à O'Connor de veiller sur lui, pendant ce temps il doit aller faire une petite course dans le centre-ville. Lorsque le détective lui demande ce qu'il compte faire, Washburne le regard sombre, lui dit qu'il est temps de prendre des mesures radicales contre leurs agresseurs, il compte aller se fournir en grosse artillerie, sur ce il rappelle à O'Connor de bien garder un œil sur Homer, puis prend congé.


A son retour, chargé de deux fusils à pompes flambants neufs trouvés à l'armurerie du coin, Washburne apprend avec dépit de la bouche d'un O'Connor ennuyé que Homer a trompé sa vigilance pour prendre la poudre d'escampette et partir diable sais où... Washburne reconnait bien là un des traits caractéristiques de son vieux compagnon de route, et bien qu'il ne soit pas le diable, il a bien sa petite idée sur la destination de Homer. Il balance un des fusils à O'Connor et tous deux filent à la voiture de Washburne pour démarrer en trombe direction Harlem, après avoir contacté à la réception de l'hôtel  le lieutenant Poole de venir les rejoindre avec des renforts de police.


Ne réveillez pas un investigateur qui dort.
Essoufflé et en sueur malgré le froid mordant, Homer déboule à hauteur de la boutique ju-ju, sa mâchoire est crispée et son cœur bat à la chamade contre l'acier froid de son revolver sous son manteau, il est temps de régler des comptes. Il entre brutalement dans la boutique qui semble vide au premier regard, troublant seulement la quiétude de Silas N'Kwane, le propriétaire des lieux assis derrière son comptoir. D'un pas déterminé Homer traverse la boutique poussiéreuse sous les regards vides de quelques animaux empaillés, là il se plante devant le vieux N'Kawne et lui braque son .45 sous le nez, ce qui a pour effet d'effacer de son visage son sourire stupide. Homer lui explique nerveusement, en le foudroyant d'un regard qui en dit long, qu'il lui laisse que quelques secondes pour lui expliquer ce qu'il sait sur la Langue Sanglante et lui balancer des noms, mais voyant que le vieil homme ne semble pas prendre ses menaces au sérieux, il saute rageusement par dessus le comptoir pour se retrouver à quelques centimètres du vieil homme qui semble étonné et apeuré. En atterrissant sur le plancher, Homer sent comme un bruit creux sous ses pieds, comme si le vieux tapis moisi derrière le comptoir cachait une trappe par exemple, quand Homer voit dans les yeux de K'Wane un tic nerveux, il esquisse un sourire carnassier. 
Avant que N'Kwane ouvre la bouche, O'Connor et Washburne font irruption dans la boutique l'arme au poing et rejoignent prestement Homer au comptoir, qui le doigt tétanisé sur la gâchette se détend légèrement avec cette arrivée impromptue, O'Connor et Washburne soufflent de leur côté en voyant qu'ils n'ont rien raté cette fois...

Underworld
Tout en restant l'arme braqué sur la tempe du vieux boutiquier, Homer fait part de sa découverte  à ses compagnons en tapotant du pied le sol et somme N'Kwane d'ouvrir la trappe cadenassée dissimulée sous le tapis miteux, le vieil homme s’exécute aussitôt, et avec l'aide des investigateurs tire sur l'anneau pour révéler un passage obscur. Ils découvrent une volée de marches, juste assez large pour laisser passer une personne, ils font passer bien évidemment N'Kwane en premier qui s'empare d'une vieille lampe à pétrole sur son comptoir et qu'il allume fébrilement avec une allumette. A sa suite, les investigateurs descendent les marches branlantes et aboutissent six mètres plus bas dans un couloir aux murs et au sol en pierre qui, après quatre ou cinq mètres, aboutis devant une porte, en progressant ils remarquent que ces murs sont couverts de symboles mystérieux, leur signification leur est inconnue mais ils se doutent que leur sens n'est pas des plus bienveillants, arrivés devant la porte en métal rouillé et sale, une odeur insupportable agresse subitement leurs narines, N'Kwane déverrouille la porte qui s'ouvre dans un grincement lugubre et laisse apparaître ce qu'il semblerait être une salle plongée dans le noir le plus total.

Assaillis par une odeur âcre insupportable, les investigateurs braquent la lampe et leurs armes devant eux et découvrent une salle assez haute et aussi large, les murs de pierres semblent abondamment gravés de symboles occultes, dans les coins sont placés de gros tambours, sans doute utilisés dans un quelconque rituel impie, tandis que deux solides perches émergent du mur à côté de la porte d'entrée, des lanières de cuir pendent au bout de chacune au dessus de ce qu'il semble être un puit obstrué par une massive dalle de pierre circulaire d'environ deux mètres cinquante de diamètre, en face d'eux, à un peu moins d'une dizaine de mètre, se trouve un rideau en toile dissimulant un passage.


Les investigateurs décident d'aller ensemble inspecter ce coin de la pièce en premier et voir ce que cache ce passage, ils traversent alors la salle, toujours armes au poing, évoluant sur un sol de pierre gluant et visqueux ne leur présageant rien d'agréable, des frissons d'angoisse parcourent leur échine tandis qu'ils s'approchent précautionneusement du rideau crasseux.


ils découvrent une petite pièce lugubre et sale d'où émane une odeur insupportable, justifiée par la présence de quatre cadavres en putréfaction affalés dans chacun des coins, après un rapide coup d’œil Homer et Washburne, qui sont entrés tandis que O'Connor est resté sur le seuil - la pièce ne pouvant pas les accueillir tous - ils jettent un rapide coup d’œil aux macchabées. Il y a deux cadavres de noirs - un homme corpulent et une femme - et deux d'hommes blancs non identifiables, écœurés par ce spectacle morbide, les deux investigateurs ne se démontent pas et accèdent à une alcôve où sont entreposés des objets insolites. 


Il y a, accrochés au mur une grande cape emplumée aux couleurs chatoyantes, de monstrueuses griffes fixées sur des pièces de tissu assemblées en gants, un grand masque africain hideux repose au sol, à côté sur une étagère grossière sont entreposés d'autres objets enroulés d'une peau de léopard:  un sceptre sculpté, un serre-tête de métal gris, un bol de cuivre poli accompagné d'une note manuscrite, et un livre à l'aspect abîmé intitulé en anglais "Sectes secrètes d'Afrique", ouvrage que connaissent bien les investigateurs lorsqu'ils ont interrogés miss Miriam Atwright de l'Université d'Harvard qui leur a dit que cet ouvrage que voulait consulter Élias avait été volé...


          




























The walking dead
Les investigateurs ont tôt fait de mettre la main sur toutes ces preuves et indices, une véritable aubaine, mais au moment de vouloir quitter la pièce avec leur précieux butin, des gémissements et des craquements se font entendre autour d'eux tandis que des yeux blancs et vitreux, qui se reflètent à la lueur de leur lampe à pétrole, se braquent sur eux, l'angoisse les étreints quand les quatre ignobles cadavres s'animent sous leurs yeux !!


C'est aussitôt la panique et les premiers coups de feu éclatent, tandis que les zombis s'extirpent de leur couche fangeuse et fendent l'air de leurs immondes griffes en direction des visages ou des jambes des deux investigateurs pris au dépourvu, Homer et Washburne reculent en faisant tomber la moitié de leur butin au sol, O'Connor suant à grosses gouttes à la vue de ces horreurs hésite à tirer pour ne pas toucher ses compagnons d'infortune mais son doigt le démange vivement. 

Les impacts de balle de Washburne et Homer traversent comme dans du beurre les quatre cadavres animés sans grand effet même en visant la tête, les morts s'avancent vers leurs proies avec un regard vide mais d'où transperce néanmoins une hargne pugnace, ces choses ne s'arrêteront que lorsqu'ils seront transformés en charpie c'est sûr, il est temps d'un replis stratégique dans le couloir pour les investigateurs qui battent aussitôt en retraite devant l'inefficacité de leurs tirs.


Malheur! arrivés au niveau de la trappe celle-ci reste close, impossible de l'ouvrir, dans leur excitation de leur découverte suivit de la terrible surprise des cadavres animés et dans la pagaille qui s'en est suivi, ils en ont oubliés de surveiller Silas N'Kwane, qui a profité de la confusion pour se faire la malle, sans oublier de fermer à clé le cadenas derrière lui pour que les investigateurs puissent assister aux premières loges à la colère silencieuse des quatre gardiens zombis. 

Désespérés mais déterminés, les investigateurs, blottis dans les escaliers et entourés des ténèbres de la cave, tirent au hasard dans les cadavres qui s'approchent de plus en plus dangereusement d'eux, bientôt ils sentent leur souffle rauque et leurs griffes qui tentent de les agripper pour les broyer et avec leurs dents pourries pour les mordre. Un corps à corps à l'aveugle s'engagent dans le peu d'espace des escaliers, le dos collé à la trappe, les investigateurs défendent chèrement leur peau tant bien que mal, les zombis sont robustes et déterminés, les investigateurs paniquent et ont toutes les peines du monde pour faire reculer ces invincibles morts-vivants. Dans la furieuse bagarre, un des quatre zombies réussit à s'agripper à O'Connor en enfonçant profondément ses griffes dans la chair de son bras gauche, creusant de profonds sillons sanguinolents à travers la manche de sa veste, il se hisse à lui et le mord douloureusement entre le cou et l'épaule, faisant aussitôt jaillir un sang écarlate bouillonnant, O'Connor pousse un cri de douleur. Washburne et Homer viennent au secours de leur ami et arrivent à séparer le détective de la terrible étreinte du zombie qui s'écroule dans les marches avec encore dans sa mâchoire répugnante des lambeaux de chair arrachés.


Soudainement la trappe s'ouvre et les libère de leur piège cauchemardesque, Homer qui est le premier à sortir se retrouve nez à nez avec le lieutenant Poole accompagné d'un peloton de policiers incrédules, tandis que Washburne, avec un  O'Connor couvert de sang et inconscient sous le bras, se jette hors d'atteinte des griffes tendues des zombies. A la vue de ces êtres cauchemardesques, sans réfléchir Poole ordonne à ses hommes de tirer, certains d'entre eux s’exécutent tandis que d'autres restent pétrifiés par ce qu'ils voient, le déluge de plomb des fusils à pompe font dégringoler les zombis en contre-bas des escaliers, Homer en profite pour refermer la trappe. Ouf! ils ont échappés au pire...


Le cauchemar ne fait que commencer...
Tandis que O'connor blessé est évacué en brancard par deux policiers blêmes et que les autres policiers témoins de la scène macabre se remettent de leurs vives émotions, Washburne et Homer, en sueur et pris de tremblements nerveux, demandent fébrilement à Poole si ses hommes ont attrapés Silas N'Kwane, devant la réponse négative du lieutenant décontenancé, ils lui expliquent ce qu'ils ont découverts dans le sous-sol et qu'il n'est plus besoin de lui expliquer tout le caractère surnaturel sur cette affaire, il va devoir demander des renforts car les deux investigateurs comptent bien redescendre dans ce trou qu'ils n'ont pas eus le temps de passer au peigne fin, de plus certains indices majeurs pour leur enquête ont étés perdus dans la panique et il faut absolument qu'ils remettent la main dessus. Après avoir fait venir des renforts d'hommes mieux armés et bouclé le quartier sous le regard apeuré des habitants, le lieutenant Poole, avec le prétexte d'une descente chez un des plus gros fournisseur d'alcool illicite de Harlem, s'apprête à accompagner les investigateurs dans la cave de la boutique ju-ju. 



Une dizaine de policiers aguerris armés de fusils à pompe suivent ainsi dans la boutique de l'horreur le lieutenant, Washburne et Homer qui soulèvent, décidés et cramponnés à leurs flingues, la lourde trappe et aperçoivent les trois zombies en contre-bas qui lèvent la tête dans leur direction. La petite troupe braquent aussitôt lampes électriques et canons de fusils vers ces suppôts de Satan et à l'ordre de Poole, libèrent le feu purificateur de leurs armes dans un vacarme assourdissant tel la colère divine s'abattant sur le pêcheur. Puis les tirs cessent au bout de quelques minutes sur le deuxième ordre de Poole, et tandis que la fumée se dissipe dans le faisceau des lampes des policiers nerveux, il ne reste plus rien des trois zombis dont le sang et les viscères maculent les murs en pierres de la cave. Le danger écarté, Poole et ses hommes prennent d'assaut le petit couloir lugubre, suivis dans la foulée des deux investigateurs, qui rapidement, dans le balayage de leurs lampes aperçoivent des lambeaux de chair sanguinolents un peu partout collés sur les murs, en passant très vite dans le couloir ils auraient jurés que ces morceaux immondes bougeaient encore...

Les policiers se déploient rapidement dans la large cave aux relents répugnants de pourriture, certains d'entre eux ont des hauts-le-cœur et poussent des jurons de mécontentements, mais le lieutenant Poole leur fait signe de se concentrer et de vérifier chaque recoin tandis qu'en compagnie de Washburne et Homer il se dirige vers la dalle de pierre circulaire. 


Après quelques secondes de réflexion, Homer décide de soulever cette lourde dalle, avec l'aide de deux policiers il active l'espèce de treuil rudimentaire qu'il trouve dans un coin de la cave, et dans un crissement métallique sinistre la chaîne et les poulies s'activent pour arracher du sol la dalle de pierre, pendant ce temps Washburne, Poole et le reste des autres policiers se placent autour du puit en braquant leurs fusils vers le trou béant qui se dévoile à eux. Aussitôt un relent infecte assaille leurs sens, révulse leurs narines et font pleurer leurs yeux, cette odeur insupportable fait reculer d'un pas tout le monde tandis que ce trou de l'Enfer apparaît béant comme une bouche avide.

Approcher ce trou suintant ne se fait qu'avec un mouchoir sur la bouche et le nez, Washburne, Homer, Poole et quelques policiers qui ne sont pas allez vomir leur petit déjeuner, risquent un œil timide dans le puis mais n'y aperçoivent que les contours irréguliers du fond  à peu près cinq mètres plus bas dans les ténèbres. Puis, en tendant l'oreille, ils entendent comme une espèce de chuchotement lointain, comme un petit ruissellement, ce bruit d'abord infime semble se rapprocher peu à peu prenant de l'ampleur à chaque seconde, ce ruissellement se transforme alors en une sorte de sifflement étrange, ce qui inquiète les investigateurs et les policiers qui braquent à nouveau de leurs armes vers le fond du puit d'où provient ce bruit inquiétant, puis le sifflement s'amplifie et devient une stridulation horrible qui leur glace le sang, dans le groupe de policiers on sent déjà de l'agitation, certains se regardent inquiets tandis que d'autres, suant à grosse gouttes, s'agrippent à leurs fusils comme s'il s'agissait d'une bouée de sauvetage alors que la stridulation malsaine était une vague scélérate qui cherchait à les briser. Le bruit devient alors terrifiant, un policier lâche son fusil pour se mettre les mains sur les oreilles tout en reculant, un autre les yeux roulant dans leurs orbites se met à hurler, des cris jaillissent dans les rangs, la tension est palpable, les investigateurs étaient sûr de devenir fou avec ce crissement de tous les diables. 


Dans le fond du puit quelque chose sembla bouger et ramper depuis un renfoncement invisible pour les investigateurs depuis leur position, une forme oblongue et vermiforme qui se dégagea d'un trou, la stridulation fracassante venait de cette chose qui maintenant ondulait et se tortillait comme un immense serpent de plus de deux mètres de long et un mètre de diamètre. Quand des torches électriques se braquèrent sur cette forme suintante  au fond du puit ce fut la panique à la vue de cette horreur. Sous les regards terrifiés de tous, cette "chose-ver" à l'aspect des plus abjectes était une masse musculeuse violacés et blanche sur laquelle apparaissent des dizaines de visages plus ou moins humains, glapissant à travers une sorte gelée translucide qui recouvrait la "chose-ver", les stridulation horribles à faire saigner les oreilles provenaient de ces multiples bouches semblant exprimer une peine indicible.


Un coup de feu retentit alors et toucha la créature qui se contorsionna sous l'impact, puis un deuxième retentit, puis un troisième et ainsi de suite, les investigateurs, Poole et les quelques policiers qui n'avaient pas fuis en hurlant, se mirent à vider leurs armes sur cette chose répugnante dans un accès de peur et de rage, les bruits des détonations ébranlèrent les voûtes de la cave mais ne semblaient nullement affecter la créature qui gigotait en hurlant de plus belle, après deux ou trois salves et voyant que cela n'avait aucun effet, les investigateurs et les policiers cessèrent leurs tirs et se replièrent après avoir refermé le puit, soulagés de quitter cet endroit effroyable.


De nouveau à l'extérieur, ils profitèrent un instant pour respirer à nouveau l'air frais, puis ils se regardèrent tous inquiets, autour d'eux c'était une sorte de débâcle, un policier sanglotait assis à même le sol, un autres fixait devant lui en marmonnant dans sa barbe, d'autres encore semblaient éprouvés par ce qu'ils avaient vus et ignoraient les interrogations des autres policiers qui étaient restés à l'extérieur, pour Homer et Washburne ils avaient comme une impression de "déjà-vu", ils voyaient autour d'eux à nouveau ces mêmes visages terrifiés et blêmes qu'ils avaient côtoyés dans les tranchées durant la Grande Guerre, mais ce qu'il avaient vus était sans doute pire.


Poole prit la décision, avec l'accord de Washburne et de Homer, de détruire par le feu ce qui se trouvait dans ce puit d'horreur. Le lieutenant accompagna alors ses hommes dans le trou, équipés cette fois de masque à gaz et de bidons d'essence avec pour mission de tout brûler, cela prit bien trois heure avant que cela en finisse et une épaisse fumée noire s'éleva dans le ciel gris de Harlem. Washburne et Homer ébranlés par ce qu'ils avaient vécus quittèrent les lieux sans un mot, ils leur restait une dernière chose à faire avant de penser à se reposer, ils devaient retourner très vite voir leur prisonnier Swift et lui faire cracher le morceau par quelques moyens que ce soit, ils devaient savoir quels secrets ce salopard leur cachait et surtout s'il savait au sujet de la boutique Ju-Ju et de ce qu'on y pratiquait.


Les héros sont fatigués
Après un trajet silencieux, lourds d'images hideuses et entêtantes, Washburne et Homer débarquent à la planque de Wallace les traits tirés et la mine déconfite. Les hommes du gangster accueillent les deux investigateurs, après qu'ils aient déclinés leurs identités ils s'engouffrent dans un vieil entrepôt décrépit sous l’œil vigilant des brutes. Un grand noir à casquette de golf, avec des épaules impressionnantes et armé d'un fusil de chasse qui parait ridiculement minuscule entre ses grosses paluches, ouvre une porte métallique fermé par une lourde chaîne, il la pousse machinalement pour laisser entrer les investigateurs dans une pièce plus petite qui sent la sueur et l'humidité. A l'intérieur se trouve Swift suspendu par les bras à une chaîne rouillé, il se balance mollement, la tête inclinée sur son torse nu couvert de sueur, son visage caché par ses cheveux filasses, et ses pieds raclant le sol de terre battue, il semble inconscient. Un des gros bras s'empare d'un saut d'eau et le balance en plein visage de Swift qui d'un coup se réveille en prenant une grande inspiration angoissée comme un noyé reprenant son souffle alors que sa tête émerge miraculeusement des eaux, aussitôt ses petits yeux porcins rougis par le manque croissant d'héroïne fixent les deux investigateurs qui se tiennent devant lui. Swift se met alors à ricaner en voyant la tête des deux investigateurs comme s'il avait deviné ce qu'il leur était arrivé quelques heures plus tôt, le ricanement devient un rire ponctué d'insultes incompréhensibles, des coups de poings bien placés de la part de Homer coupe net ses éclats de rire qui se muent en lamentations pitoyables, puis Swift relève sa misérable tête comme si quelque chose se passait soudainement, son corps se met alors à trembler comme saisi de spasmes, ses bras s'agitent frénétiquement tandis qu'un son rauque sort de sa bouche sanguinolente. Interdits les investigateurs s'écartent par réflexe du corps arc-bouté de Swift qui hurle comme un dément "Mukunga! Mukunga je suis prêt!! Viens à moi et béni moi!!", puis un craquement sinistre se fait entendre et le corps de Swift se relâche, ses bras pendant mollement aux chaînes comme un pantin désarticulé.






mardi 17 décembre 2013

Bonus: Le Journal d'Elias.

Voici en détail l'étonnant journal de Jackson Élias qui retrace ses découvertes au Kenya suivi de son cryptique journal personnel lorsqu'il était à Londres avant son retour fatal à New York.






 







samedi 14 décembre 2013

Chapitre New-yorkais - Episode 2

New York - le 16 Janvier 1925 en soirée, Hôtel Manhattan Towers.
Alors que la nuit est tombé depuis longtemps sur Manhattan, les investigateurs se sont retrouvés dans un des confortables salons de leur hôtel, réunis autour d'un café bien chaud, ils discutent depuis une bonne heure, évoquant leurs inquiétudes, leurs interrogations et leurs méfiances autour de ce qu'ils appellent «l'Affaire Élias». Durant leur causerie, Washburne remarque le manège étrange d'un des serveurs noir de l'hôtel qui semble suivre de façon intéressé mais discrète leur conversation, il s'empresse de confier à ses amis l'attitude suspecte de ce serveur. Prudents les investigateurs mettent un terme à leur petite réunion et décident de remettre à plus tard cette conversation, à l'abri des oreilles indiscrètes cette fois. Washburne consulte sa montre en se demandant s'il n'est pas encore trop tard pour téléphoner à miss Carlyle afin d'obtenir une entrevue avec elle.
Une visite inopportune.
O'connor n'en reste pas là et décide de prendre en filature le serveur noir dés que celui-ci quittera son service, il laisse Homer et Washburne et va attendre devant l'entrée du personnel à l'extérieur dans le froid mordant, puis quand il voit son suspect sortir enfin, accompagné par deux collègues à lui et se diriger vers le métro, il les suit. Le trio de noirs débouchent enfin à Harlem, O'connor toujours sur leurs talons, ils prennent Lenox Avenue pour la remonter et s'enfoncer au milieu des clapiers noirs. O'connor se fait de plus en plus discret lorsqu'il quitte l'avenue bienveillante pour s'enfoncer dans les ténèbres de plus en plus denses des ruelles crasseuses, le gosier sec et la main sur la crosse rassurante de son S&W, il continue consciencieusement sa filature des trois hommes priant à chaque pas Saint Patrick que tout se passera bien. À un croisement, le trio se sépare, O'connor en profite pour réchauffer son gosier sec d'une brève rasade de whisky, puis reprend sa filature quand son homme repart, tout en faisant bien attention toujours de ne pas se faire remarquer. Le noir s'engouffre dans un immonde clapier terne dans lequel O'Connor n'ose pas le suivre et préfère attendre en se postant non loin de l'entrée, par chance l'homme ressort quelques instants plus tard alors qu'une fine neige se met à tomber, il s'éloigne et traverse quatre blocs, avec O'Connor à sa suite, pour finalement entrer dans une sorte de taverne miteuse où s'entassent derrière une vitrine embuée la clientèle locale, la taverne porte le doux nom de «La Grosse Mabel». O'Connor attend quelques secondes, puis s'approche précautionneusement pour tenter de repérer son suspect parmi la foule, mais la vitrine est légèrement surélevée par rapport à la rue et la buée n'arrange rien à la visibilité, il grimpe alors sur des poubelles pour coller son nez sur la vitrine et tenter de voir quelque chose. Le manège de O'Connor n'est pas des plus discret et très vite il attire l'attention de deux clients qui l'interpellent et s'approchent l'air menaçant, la situation s'envenime très vite pour O'Connor tandis que d'autres noirs patibulaires se rapprochent, agressifs et déterminés, prêts à corriger ce blanc-bec un peu trop curieux. Ils tentent de l'encercler, mais le détective à tout juste le temps de s'enfuir en menaçant de son revolver son comité d'accueil, puis il part sans demander son reste sous les injures des noirs furieux.

De leur côté, Washburne et Homer ont décidés de contacter Erica Carlyle malgré l'heure un peu tardive, ils veulent obtenir plus de précisions au sujet de son frère et sur l'expédition. Ils passent le coup de téléphone depuis la réception de l'hôtel et très vite entrent en relation avec la propriété privée des Carlyle, mais à l'autre bout du fil c'est un certain monsieur Bradley Grey qui leur répond, il se présente comme étant le secrétaire particulier de miss Carlyle et annonce que cette dernière n'est pas disponible. Washburne tente de négocier un rendez-vous tout de même mais l'homme reste ferme, miss Erica Carlyle ne veut plus entendre parler de cette histoire venant de qui que ce soit, néanmoins devant certains éléments que lui présente Washburne, Grey accepte de le voir et d'entendre ce qu'il a à lui dire, il lui donne rendez-vous le lendemain à son hôtel pour l'heure du déjeuner.

Le Bronx - Jour 3, le 17 Janvier 1925, Woodlawn Cemetery. Température extérieure -10°.

C'est aux aurores que les investigateurs se rendent à l'enterrement de Jackson Élias, situé dans le Bronx, quelque part dans le district de Woodlawn. La neige recouvre d'un linceul blafard les nombreuses tombes, le vent souffle, il fait froid et seulement quelques silhouettes emmitouflées sont visibles par les investigateurs, il y a là Jonah Kensington, sa secrétaire en pleurs et quelques autres collaborateurs de Prospero Press la mine déconfite, le lieutenant Poole est là aussi, il salut chacun des investigateurs tandis que le pasteur commence la commémoration.
Après la cérémonie, après que la petite assemblée se soit séparée dans le recueillement et que Jonah Kensington ai de nouveau insisté sur l'aide substantielle qu'il pourrait apporter à l'enquête des investigateurs, le lieutenant Poole entreprend de les raccompagner jusqu'à leur voiture Là il les arrête et leur fait part de ce qu'il a découvert à la réception de l'hôtel Chelsea, un courrier provenant d'Emmerson Import, de là il a enquêté sur les docks et a rendu visite au propriétaire, monsieur Arthur Emmerson qui lui a montré dans ses registres ce qui intéressait Élias, de plus cet Emmerson affirme que Homer lui a rendu visite et lui a posé les même questions que le policier. Poole se demande alors comment l'investigateur avait-il fait pour se retrouver là avant l'officier de police? Le lieutenant Poole les soupçonne alors qu'ils ne lui disent pas tout et ne jouent pas franc-jeu avec lui. Les investigateurs réagissent vivement fasse aux accusations du lieutenant mais ils ne peuvent apporter de justifications plausibles de leur silence car ils savent qu'ils lui ont cachés des preuves trouvées dans la chambre 410, ils promettent alors leur totale coopération la prochaine fois mais sans réelle conviction, le lieutenant ne semble pas dupe et leur certifie qu'il sera dans l'obligation de les faire mettre sous protection par ses hommes, ce qui sous-entend d'êtres surveillés par la police 24h/24 ce qui ne plaît pas forcément aux investigateurs. Sur cette dernière mise au point il prend congé d'eux poliment tout en soutenant le regard de Washburne, celui-ci sait que le lieutenant Poole ne se laissera pas faire comme cela aussi facilement.

Notes d'Elwood
Arrivés à leur voiture, un homme les aborde jovialement, il se présente comme étant Ichabod Crane reporter au New-york Pillar Report, l'homme est emmitouflé dans un large manteau, presque trop grand pour lui, sous son feutre ils discernent un regard franc et pétillant, une bouche fine à la moue boudeuse. Le reporter semble s'intéresser aux méfaits du «Scariface» et le meurtre mystérieux de Jackson Élias n'a fait que relancer cette sordide affaire, il est l'auteur des articles de l'affaire et a écrit celui sur l'assassinat d’Élias. Les investigateurs se rendent compte que le journaliste en sait un bout et pourrait sans doute les aider dans leur enquête en mettant en lumière certains points. Une fois d'accord, Elwood les emmène dans un dinner's qui se trouve à l'extérieur du cimetière, à quelques rues de là, et ensuite, devant un bon café, leur parle de l'affaire du «Scariface», il cite le nom des différentes victimes, leur parle d'un témoin oculaire, John Espender, présent lors du cinquième meurtre et souligne les attitudes troublantes des femmes des quatrième et septième victime, les témoignages de ceux-ci ne lui ont rien apportés de plus malgré ses remarques. Mais ce qui le trouble le plus c'est que deux des victimes étaient des hommes de mains de deux gangsters notoires d'Harlem, Owney Madden et Leroy Wallace, et que devant ces derniers faits, tout cela lui fait penser à des règlements de compte entre factions rivales plutôt que l’œuvre d'un tueur accomplissant un rituel.

En quittant le journaliste du dinner's, O'Connor remarque un véhicule stationné – un taxi – dont le chauffeur noir semble les surveiller. Quand le chauffeur s'aperçoit qu'il est repéré par les investigateurs, il lance sa Ford T dans une des rues adjacente pour disparaître, O'Connor a cette fois eut le temps de noter la plaque d'immatriculation. Il se révélera plus tard qu'il appartienne à une petite société de taxis situés dans Harlem...

À l'heure du déjeuner, comme convenu, les investigateurs retournent à leur hôtel pour rencontrer ce monsieur Bradley Grey. À la réception on annonce à Washburne qu'il a un message du Professeur Cowles de l'université Miskatonic qui lui demande de le rappeler, de plus on lui désigne deux hommes en manteau et chapeau qui les attendent dans le hall. Ils sont envoyés par Bradley Grey justement, qui les a chargé de les conduire au building Carlyle, car celui-ci est dans l'impossibilité de venir jusqu'à eux faute de temps.

Avant d'accompagner les hommes dans leur voiture rutilante, Washburne contacte par téléphone le Professeur Cowles qui lui apporte des précisions sur le symbole que les investigateurs lui ont montrés, il explique qu'il s'agirait d'un symbole associé à un sombre culte kényan nommé «le Culte de la Langue Sanglante», dont les racines remonteraient jusqu'à l'époque de l’Égypte antique d'où ils furent chassés pour s'établir en Afrique orientale, mais aujourd'hui, poursuit le professeur, ce culte aurait totalement disparut.

Le groupe Carlyle, Upper West Side.
À bord de la somptueuse limousine noire, les investigateurs sont conduits au Building Carlyle, un gigantesque gratte-ciel en plein cœur de l'Upper West Side. Une fois à l'intérieur, ils traversent un immense hall dans le plus pur style «Art Déco» fait de marbre et de métal, il entrent dans un ascenseur à l'aspect futuriste qui grimpe comme une fusée jusqu'au sommet vertigineux du bâtiment, puis les deux hommes qui les ont escortés jusque là, leur ouvrent une porte lambrissée à doubles battants devant laquelle ils se postent quand les investigateurs entrent. Ils se retrouvent dans une large pièce aux lignes et aux angles épurées – un bureau – donnant sur une immense baie vitrée décorée de vitraux, laissant apercevoir une vue imprenable sur New-york. Au milieu de celle-ci, assis derrière un bureau laqué de noir, se tient un homme en costume à l'aspect soigné, il porte des lunettes cerclées d'or d'où fixent deux petits yeux ronds inquisiteurs. Au premier abord Bradley Grey semble être un homme pragmatique, qui bien qu'il écoute avec intention l'histoire des investigateurs, ne semble pas adhérer à leur propos, des arguments trop peux convainquant à son goût pour qu'il les laisse voir miss Carlyle. Les investigateurs se retrouvent alors face à un véritable mur. Bradley Grey ne flanche pas, argumentant que toute cette histoire n'intéresse plus miss Carlyle qui est aujourd'hui à la tête du groupe depuis la disparition de son frère et qu'elle doit regarder, dans l'intérêt de la compagnie, vers l'avenir et non plus vers le passé. Le ton monte très vite entre Grey et les investigateurs, alors celui-ci finit par les congédier et les faits raccompagner à la sortie par les hommes de la sécurité. Les investigateurs vont devoir trouver un autre moyen d'approcher Erica Carlyle s'ils veulent lui parler.

En sortant du building, les investigateurs se répartissent les tâches pour continuer leur enquête, Washburne et O'Connor vont aller fouiller dans les archives les journaux concernant les meurtres du «Scariface» ainsi que ceux traitant de l'expédition Carlyle, ils se rendent donc au New-york Pillar Report où ils sont orientés par Elwood Scroggis vers les poussiéreuses archives du sous-sol. De son côté Homer compte aller se renseigner dans Harlem sur la piste des gangsters et va à la rencontre de certains anciens contacts qui pourraient l'y aider. En enquêtant à droite et à gauche il finit par dénicher une adresse, un club dans Harlem, le Cotton Club, l'un des plus prestigieux cabaret du district où le tout nouveau propriétaire serait un certain Owney Madden.

A la loupe...
Entre-temps, O'Connor et Washburne ont exhumés tout un tas d'articles intéressants au sujet des meurtres du «Scariface» qu'ils pourront éplucher plus tard, mais aussi sur l'expédition Carlyle, comme les noms de tous les membres de l'expédition et leurs destinations durant ce voyage. En faisant ces recherches dans les divers articles, ils découvrent l'existence d'une femme, désignée comme étant la meilleur amie d'Erica Carlyle, Victoria Post, qu'ils décident de rencontrer, peut être sera t-elle plus enclin à leur arranger une entrevue avec miss Carlyle?


En réexaminant les articles sur les membres de l'expédition Carlyle et en consultant certains de leurs contacts et autres sources à New-york, les investigateurs recueillent tout un tas d'informations non exhaustif sur certains chacun d'entre eux :

Pour ce qui est de Roger Vane Worthington Carlyle, c'est une jeune millionnaire à la vie dissolut qui a défrayé la chronique bien avant le départ en fanfare de son expédition, entre procès en paternité, cure de désintoxication à l'alcool et frasques nocturnes, il est renvoyé de plusieurs universités (dont Miskatonic) mais obtient tout de même son diplôme. La mort tragique de ses parents dans un accident de voiture semble un temps lui faire reprendre ses esprits lorsqu'il doit reprendre les rênes de l'empire Carlyle, mais il replonge vite dans sa vie dissolue, laissant à sa sœur Erica le soin de s'occuper des affaires, tandis que lui dilapide la fortune familiale en fêtes gargantuesques. C'est durant cette période de débauche qu'il rencontre une femme originaire d'Afrique Orientale et dont il tombe immédiatement amoureux – d'autres mauvaises langues prétendant qu'il fut littéralement ensorcelé - une prétendue poétesse dont le nom de plume est Anastasia Bunay. Des rumeurs de débauche et pire encore commencent à circuler chez la police et les journalistes mondains, mais ayant toujours offert l'image d'un homme franc et sympathique, il devient une sorte de coqueluche des nuits new-yorkaises. Dans les mois qui précèdent son départ pour l’Égypte, il montre plus de réserve et de sérieux, cette maturité apparente ne l'incite pourtant pas à éclairer ses buts de cette expédition mais les ragots vont bon train...

le Dr Robert Huston qui avait tout quitté à une époque alors qu'il vivait à Boston, est allé étudier à Vienne auprès de Sigmund Freud et Carl Jung et être ainsi l'un des premiers américain à suivre les préceptes de la nouvelle psychanalyse, études qualifiées d'ésotériques et de controversés dans la profession. Avec une réputation sulfureuse, ses manières élégantes et son humour à froid lui ouvrirent bien des portes lorsqu'il s'installe à New-york, et ses nombreux patients qui appartenaient à la haute société, lui valurent une certaine célébrité, les femmes le trouvaient séduisant et distingué, tandis que les hommes le trouvaient intelligent et perceptif, on murmure que ses tarifs atteignaient les 50 ou 60$ la consultation alors que la plupart des gens peinent à gagner plus de 300$ par mois. Dernièrement Huston s'occupait de Roger Carlyle avec qui il semblait très proche, on l'apercevait parfois en compagnie du jeune play-boy lors de ses nombreuses fêtes, puis celui-ci l'a suivi dans sa funeste expédition afin, dit-on, de poursuivre son traitement.
Après son décès officiel, la totalité des dossiers de Huston ont étés envoyés au Bureau des Affaires Médicales qui se trouve sur Park Avenue dans la 61e rue. une piste pour les investigateurs qu'ils vont aussitôt de choisir de suivre afin de mettre la main sur les notes concernant Roger Carlyle et peut être apprendre quelque chose de neuf.

Une fois sur place, le secrétaire du bureau contrôlant l'accès à ces dossiers leur explique sur un ton autoritaire propre aux bureaucrates ayant un peu de pouvoir, qu'il s'agit de dossiers confidentiels et que seuls les héritiers de Huston, les patients concernés ou un médecin poursuivant des recherches autorisées peuvent y accéder. O'Connor trouve la parade en présentant son vieux badge de police pour pouvoir accéder au dossiers, quelques instants après les investigateurs se retrouvent avec une pile de dossiers qu'ils s'empressent d'éplucher sous les regards noirs du secrétaire. Ils ne trouvent pas grand choses en rapport avec leur affaire, néanmoins ils mettent la main sur le dossier de Roger Carlyle qui contient des notes correspondant à une vingtaine d'entretiens répartis sur un an et mettent en lumière l'état d'esprit du jeune homme avant qu'il ne s'embarque pour Londres et le Caire.


O'connor a la soudaine présence d'esprit de vérifier s'il trouve un dossier concernant sa sœur Erica, la chance est de son côté car il en trouve un, cela concerne que quelques consultations anodines pour lesquelles Huston a obtenu des honoraires scandaleux aux yeux du détective (90$ la séance!), le psychiatre a noté qu'elle semble préoccupée par ses rapports avec son frère, mais qu'elle possède une personnalité remarquablement affirmée. C'est à peu près tout ce que les investigateurs trouvent.

Anastasia Bunay, si l'on voit cette mystérieuse et envoûtante beauté noire aux côtés de Roger Carlyle sur plusieurs photos de journaux mondains de 1918-1919, on ne sait d'elle que peu de chose au-delà de son nom de plume, sous lequel elle écrirait des poèmes.

Jack «Brass» Brady apparaît à la fois comme le garde du corps personnel de Roger Carlyle mais également son ami le plus proche, si ce n'est le seul d'aucuns diraient. La paire réputée inséparable, Brady alterne rôle de garde du corps et de porte parole du play-boy, il sera aussi celui qui se chargera de l'intendance et la supervision de la main-d’œuvre locale durant la funeste expédition de 1919.

Dans les notes de Jackson Elias les investigateurs ont découverts que celui-ci c'était entretenu avec un mercenaire qui aurait croisé Brady vivant en 1923 à Hong Kong, soit plusieurs années après son supposé décès. C'est à partir de ce postulat que le journaliste a échafaudé l'hypothèse que d'autres membres de l'expédition pourraient êtres encore vivant eux aussi...

En ce qui concerne Sir Aubrey Penhew, il s'agit d'un aristocrate anglais qui a servi dans l'armée de Sa Très Gracieuse Majesté jusqu'au grade de colonel avant qu'une blessure ne l'écarte du service et qu'il ne se consacre entièrement à sa vieille passion l’Égyptologie. Diplômé d'Oxford il a passé les années suivantes parmi les merveilles alors méconnues du Haut Nil, qu'il cartographie et réalise des fouilles exploratoires. Sa biographie officielle le décrit comme le fondateur de plusieurs branches importantes de l’Égyptologie moderne, un précurseur à qui l'on doit plusieurs découvertes majeures, à Dhashûr, tout particulièrement.
D'autres part, la Fondation Penhew, qu'il a créée et qui demeure héritière de sa fortune, poursuit son œuvre en finançant nombre de recherches importantes, tant à Londres qu'à l'étranger. Sir Aubrey Penhew est une figure publique mais d'une grande discrétion quant à sa vie privée, un homme à la fortune incommensurable qui continue d'être cité dans son domaine comme une sommité, décrit comme un homme de prestance et de lettres, tenu en haute estime par ses pairs dont tous déplorent le décès tragique au cours de l'expédition Carlyle de 1919.

Enfin miss Hypathia Masters, héritière des sociétés d'armement Masters, elle fait partie du cercle de Roger Carlyle et sont souvent vus ensemble, les potins de l'époque leur prêtant une liaison tumultueuse mais il semblerait que les deux jeunes gens n'ont que faire des ragots et ne les empêchent pas de rester de très bons amis. Universitaire diplômée en langues, miss Masters a une passion pour la photographie et plusieurs de ses expositions remportent un vif succès auprès de la critique et attirent de nombreux visiteurs. Mais ses aspirations rebelles lui apportent une toute autre réputation qui ternie un peu son image de jeune artiste en vogue, lorsqu'elle rencontre un étudiant marxiste catholique du nom de Raul Luis Maria Pinera, en effet ce dernier fera une très mauvaise publicité à la jeune femme en étant expulsé pour ses idées trop révolutionnaires. Il semblerait que cette affaire ai plongée la photographe dans une dépression qui pourrait expliquer son départ de New-york au printemps 1919.


Cotton Club, Harlem.
Homer se rend au Cotton Club et entre par la porte de service grâce à son contact su place, un cuisinier qui l'introduit auprès de monsieur Madden, qui se trouve dans la salle de spectacle où il assiste hilare aux répétitions de danse des girls en tenues légères. L'homme à la corpulence d'un boxeur poids lourd avec la tête d'un bulldog gominé, est engoncé dans un costume à rayures prêt à éclater aux coutures, il mâchouille tranquillement un énorme cigare. Après avoir montré patte blanche (sans mauvais jeu de mots) aux gardes du corps puis obtenir une brève entrevue avec un Owney Madden agacé mais impérieux dans son rôle de gangster, Homer apprend du gangster, au sujet du culte de la Langue Sanglante, qu'il s'agit ni plus ni moins d'un gang de nègres qui fait parler de lui depuis plusieurs années et s'est imposé dans Harlem par la terreur et la superstition. Mais Madden ne semble pas être indisposé par ce culte de fanatiques car son territoire est en dehors de leur influence néfaste même si par le passé il y a eut quelques désagréments, par contre il lui apprend que Leroy Wallace – un autre nègre lui souligne t-il en souriant – est encore en guerre avec ce culte de tarés et l'empêchent de faire tourner son petit trafic d'alcool, il possède un bar dans Black Harlem qui s'appelle le «Sugar Cane». Homer se dit alors qu'il devrait peut être aller voir ce Leroy Wallace s'il veut obtenir plus de renseignements.

Guet-apens !!
Homer quitte le Cotton Club, perdu dans ses pensées il fait quelques pas dans la rue luttant contre le froid, mais au moment où il veut traverser la rue, il est heurté par un homme en chapeau melon qu'il n'a pas vu et au moment où il relève la tête, l'homme brandit un couteau tandis que deux autres, surgissant de nulle part, le saisissent par les bras et le plaque contre une voiture stationnée là. Homer se débat, tente de se libérer de l'étreinte d'acier des deux malabars noirs, mais surtout cherche à éviter la dangereuse lame du blanc au chapeau melon qui lui fait face, mais dans la bagarre l'acier finalement mord son flanc et une traînée de sang gicle sur la neige à ses pieds, tandis que l'homme le menace en lui crachant au visage d'arrêter de jouer aux fouineurs avec ses amis car la prochaine fois il sera moins clément. Après quelques derniers coups supplémentaires, les malfrats disparaissent dans la nature laissant là Homer gisant blessé.

Chelsea, 29e Rue, Galerie d'Art Victoria Post.
Washburne et O'Connor sont devant la galerie appartenant à Victoria Post, l'endroit est luxueux avec de grandes colonnades et une vitrine rehaussée d'angelots d'or souriants, à l'intérieur dans des salons spacieux se trouvent des peintures et des sculptures – toutes de magnifiques œuvres – vendus sûrement à prix d'or, que lorgnent quelques fortunés clients sous les commentaires avisés de galeristes mondains qui leur servent des coupes de champagne tout en bavassant. Rapidement Washburne et O'Connor sont conduits à l'étage auprès de Victoria Post qui leur tourne le dose en contemplation devant une immense peinture, dont les investigateurs seraient bien incapables de savoir qui en est l'auteur, puis la jeune femme se retourne après quelques secondes et ils peuvent à leur tour contempler une merveille. La jeune femme n'est pas très grande, blonde, coiffée à la garçonne, elle est nimbée d'une robe diaphane dans le plus pur style «flapper», elle tortille négligemment, avec ses doigts délicats, un long collier de perles nacrées, enroulé autour de son cou d'albâtre, elle bat langoureusement de ses longs sourcils tout en souriant aux deux hommes éberlués.

Washburne est sous le charme, tandis que O'Connor, gardant son sang froid, pose quelques questions sur Erica Carlyle, la jeune femme lui répond avec désinvolture, elle sait qu'Erica ne souhaite plus parler de l'histoire de son frère, qui a représenté un grand traumatisme pour elle, même elle, Victoria, à été bouleversée à l'époque. Pour elle, Erica s'est mise dans une situation de rejet face à toute cette histoire, et de vraies nouvelles, même mauvaises permettraient d'enfin comprendre ce qui c'est passé et pourront êtres que salutaires. Saisissant cette opportunité au vol, Washburne use de son charme à son tour auprès de la jeune femme – qui n'y semble pas insensible – et lui propose qu'elle les aide dans ce sens en arrangeant un rendez-vous avec miss Carlyle. Victoria sourit tout en prenant une coupe de champagne, réfléchit quelques instants en se mordillant la lèvre, tout en scrutant de son regard de biche Washburne, puis elle annonce qu'elle organise un vernissage d'ici quelques jours dans sa galerie et qu'Erica sera présente, elle pourrait leur obtenir des invitations et s'arrangerait pour qu'ils la rencontre, elle rajoute qu'il s'agira d'une soirée habillée et que le gratin de New-york sera présent, donc il est évident qu'ils devront se trouver un smoking. Sur ces paroles elle raccompagne les investigateurs sans oublier de laisser sa carte à Washburne où elle y a inscrit son numéro de téléphone personnel.

Retour sur terre...
À peine arrivés à l’hôtel ils sont prévenus par des policiers présents que leur ami Julius Homer est à l'hôpital Bellevue, en compagnie du lieutenant Poole, où il a été interné pour une blessure suite à une agression dans Harlem. Washburne et O'Connor filent alors à l'hôpital pour se rendre au chevet d'Homer.

Dans la chambre, qui se trouve dans l'aile pour personnes de couleur de l'hôpital Bellevue, après avoir longuement attendus pendant que le médecin s'occupait des blessures d'Homer, les investigateurs et le lieutenant Poole se retrouvent enfin autour du lit de l'aventurier. Le lieutenant Poole exige des explications à Homer, à peine remis de ses contusions, sur ce qu'il s'est passé. Les investigateurs expliquent alors au lieutenant que leur enquête sur la mort d’Élias les ont amenées à enquêter dans les bas-fonds d'Harlem et qu'ils se sont attirés les foudres d'un gang y sévissant, il semblerait que le défunt journaliste enquêtait sur les agissements d'un culte secret africain qui serait présent aussi à New-York, le lieutenant Poole, perplexe suite à ces révélations, demande aux investigateurs toute leur collaboration dés à présent, il a fait venir un dessinateur pour que Homer puisse faire un portrait de son agresseur tandis qu'un agent restera en faction devant sa porte durant son séjour à l'hôpital, le médecin lui ayant conseillé de n'en sortir que le lendemain.
L'homme que décrit Homer au portraitiste – un homme malingre avec un visage de fouine aux cheveux blonds filandreux, au teint jaunâtre et au regard vitreux – rappelle au lieutenant Poole une petite frappe de l'East Side, un junkie sans moral du nom de «Swift», sans plus attendre il repart au commissariat explorer cette piste et tient au courant les investigateurs en leur demandant de se tenir tranquille en attendant.

Une fois le lieutenant parti, les investigateurs se remettent à cogiter et veulent de nouveau passer à l'action sans plus attendre, Homer suggère, tout en se rhabillant, à ses amis de l'accompagner à nouveau dans Harlem afin de rendre visite à ce Leroy Wallace et lui poser quelques questions comme il voulait le faire avant d'être attaqué, mais cette fois il seront mieux préparés et en nombre si jamais il se passe à nouveau du grabuge.

Black Harlem - Sugar Cane,  en soirée.
Après avoir quitté l'hôpital en trompant la surveillance de l'agent de faction, ils s'engouffrent dans la voiture de Washburne et filent à toute vitesse vers Harlem pour se retrouver quelques instants plus tard devant le «Sugar Cane» où des badauds hilares les regardent descendre de leur véhicule avec détermination. Ils entrent comme un seul homme dans le bar clandestin, sous le regard des clients surpris, au fond des hommes en bras de chemises, jouant au billard s'arrêtent de jouer et se tournent vers les investigateurs l'air menaçant, l'un d'eux s'avance, une armoire à glace aux yeux exorbités, et demande ce qu'ils veulent. Homer prend aussitôt la parole et demande à voir son patron, Leroy Wallace, sur le champ, l'armoire à glace grimace en les scrutant un a un, puis leur demande de le suivre dans un endroit plus calme et leur indique un rideau derrière le bar. Une fois passé le rideau, ils se retrouvent dans une espèce de réserve où s'entassent des tas de caisses en bois, l'armoire à glace et ses hommes encerclent alors les investigateurs en prenant une attitude des plus menaçantes, la tension monte soudainement, les investigateurs s'apprêtent à dégainer leurs armes tandis que les durs à cuir noirs sortent des matraques, couteaux et autres armes contondantes pour corriger les intrus. Mais au moment où la bagarre s'apprête à éclater, une voix rugit du haut d'un escalier dans la réserve, tous lèvent la tête et aperçoivent la silhouette en costume qui s'appuie sur la balustrade au dessus de leurs tête, un noir au visage allongé, le regard dur jetant des éclairs dans la direction de l'armoire à glace et des investigateurs, Leroy Wallace. 

L'armoire à glace balbutie une explication à son patron sur la raison de cette rixe avec les blancs, mais les investigateurs se défendent en annonçant à Wallace qu'ils aimeraient discuter avec lui au sujet de ce culte qui sévit dans Harlem, le Culte de la Langue Sanglante qui est aussi leur ennemi. Quelques instants plus tard les investigateurs sont en discussion avec le gangster qui a congédié ses hommes de mains, il leur explique que ce culte impose la terreur parmi la population kényane de Black Harlem, imposant leurs rites immondes et bien sûr empêchent les affaires de fonctionner, ce qui au demeurant est le problème principal de Leroy Wallace actuellement, et il ne serait pas contre d'en être débarrassé. Mais la chose n'est pas si facile car le culte se dissimule parmi la population et la police n'est pas au courant de son existence, mais lui et la police font pas bon ménage de toutes façons, par contre il connaît certains endroits où se réunis le culte et les indiquent aux investigateurs, il s'agit de La Grosse Mabel, la boutique Ju-Ju et le Victoria's Jazz Club, mais se sont des endroits difficiles à approcher car surveillés par les fanatiques, même pour lui et ses hommes. En tous cas Leroy Wallace conseille aux investigateurs que s'ils veulent trouver ce qu'ils recherchent c'est dans ces endroits et pas ailleurs.